28 Jun

2012

kimono komon nagoya obi
 

Cours de kitsuke, l’art ancestral d’endosser le Kimono

Le week-end dernier, j’ai été prendre un cours de Kitsuke (l’art d’endosser le Kimono) avec ma mère. Elle a bien de la chance d’avoir appris dès son adolescence, à se perfectionner dans une école de Kitsuke et d’avoir eu son diplôme.

Au Japon, il est de bon ton qu’une femme sache se vêtir en Kimono de façon appropriée. Cela fait partie des choses à apprendre pour avoir “une bonne éducation”.

Actuellement, il existe de nombreuses écoles pouvant transmettre ce savoir ancestral à toutes celles qui ont le désir d’apprendre.

Avant l’occidentalisation du Japon, les japonais savaient généralement se vêtir par eux même en kimono mais cette habitude a été déréglée, du simple fait que le port du vêtements à l’européenne est devenue la norme dans la vie quotidienne japonaise.

Je trouve cela pourtant extrêmement gratifiant de pouvoir faire un retour sur mes propres racines par le biais du kitsuke.

Peu importe si les jeunes gens de notre époque s’habillent à la mode : et si moi j’allais à contre-courant et que je portais plus souvent la tenue traditionnelle japonaise ? Porter le kimono ou le Yukata à Paris, en soirée, pour un élégant dîner, ou pour aller me promener? Chiche !

 

paysage estival fleuri de rose fushia

kimono komon bleu fleuri et chignon sakura

 

Komon : Kimono à petits motifs

Je ne sais pas si vous le savez, mais “Kimono” est le terme générique qui désigne toutes les tenues traditionnelles, homme ou femme confondus. Il y a aussi un autre mot, bien moins répandu, mais qui est synonyme de Kimono : c’est le mot Gofuku. C’est alors qu’on appelle les boutiques traditionnelles de Kimono, les Gofuku-ya.

Dans les Kimono pour femme, il y a toutes sortes de types de Kimono différents qui ne se portent pas du tout dans les mêmes circonstances. Comme j’ai dans l’idée de faire l’archivage de tous les types de Kimono de notre trésor familial, je vais donc dès que je le pourrais, vous donner les détails sur chacune des catégories du vêtement traditionnel japonais.

Sur les photos que vous voyez dans ce post, je porte ce que l’on appelle un Kimono du type Komon. Il s’agit là d’un kimono avec un motif répétitif visible sur l’ensemble du Kimono. Ce type de Kimono est porté de façon assez informelle : on peut le porter au quotidien pour se rendre en ville, ou de façon plus formelle, avec un obi  élégant pour un dîner classieux. Le Kimono Komon peut être porté par les femmes mariées mais aussi par les  célibataires.

Il faut noter aussi que selon la qualité et le type de Obi associés à un type précis de Kimono, le niveau formel/ informel peut sensiblement changer. Savoir choisir chacun des éléments de façon appropriée relève aussi du respect que vous allez témoigner pour les personnes chez qui vous vous rendez par exemple, ou du lieu que vous visiterez.

Ici, sur le Kimono que je porte, sont représentés des éléments divers (motifs teint à la main) : des camélias japonica, des iris, des feuilles d’érables du Japon (variété Acer Palmatum), des fleurs de lotus sur un cours d’eau, et une petite hutte japonaise traditionnelle en toît de chaume.

Tout cela est la représentation globale et harmonieuse d’un jardin japonais. Ces éléments peuvent être porté au printemps et en automne. Nous sommes certes en été, mais la température n’étant pas très élevée en France, je me suis permise de le mettre pour vous le montrer.

Il est donc également de bon ton de respecter les motifs du Kimono afin de les accorder avec la saison appropriée. Pour les personnes ne possédant qu’un seul Kimono par exemple, il leur sera conseillé de choisir un motif n’ayant pas de caractéristiques saisonnières.

 

abeille butinant le miel de lavande

kimono kamon bleu fleuri et nagoya obi

kimono komon bleu fleuri et coiffure sakura surmonté d'un chignon

scarabée posé sur une fleur de lavande

kimono komon et chignon japonais avec accessoire pour cheveux sakura

kimono komon, chignon avec accessoire sakura et éventail aux couleurs du Japon

kimono kamon et dos o taiko avec un nagoya obi

 

Nagoya Obi et O-Taiko

Comme pour les Kimono, il existe aussi pour les Obi (large ceinture ornée de motifs) une grande variété de genres. Pour cette fois, je porte un Nagoya Obi.

Le Nagoya Obi a une longueur de près de 4 mètres permettant idéalement de faire des pliages de type O-taiko. Le Nagoya Obi n’étant pas assez long, il est plutôt difficile de réaliser des noeuds trop sophistiqués avec. Le Nagoya Obi est une variante dans l’évolution de l’histoire du vêtement traditionnel et n’est apparu que durant l’ère Taishô.

Un jour, je vous ferai un article sur l’évolution du Kimono : vous verrez que le Kimono tel qu’il est porté aujourd’hui n’existe que depuis peu de temps en réalité. Les japonais à l’ère féodale le portaient d’une façon totalement différente et beaucoup moins stricte, les tenues différaient aussi grandement selon l’appartenance à une classe sociale distincte.

Sur cette photo, le O-taiko n’est pas celui que l’on fait habituellement : on a fait exprès de faire dépasser une partie sur le dessus : on appelle ce type de dépassement, un tsuno dashi (corne): d’habitude, les tsuno dépassent de chaque côté du O-Taiko, mais ici, le choix s’est porté sur un seul tsuno dashi. Il est important de respecter l’équilibre du pliage dans le dos : ni trop grand, ni trop petit, et le plis inférieur du O-Taiko a une mesure bien définie de 6 ou 7 cm à peu près.

Je porte un Nagoya Obi que ma famille possède depuis les années 60. Les motifs représentent des personnages japonais au bord d’un engawa dans une maison bourgoise (couloir de la maison donnant sur le jardin japonais). Le kimono date aussi de cette époque.

 

arbre de pin, matsu

 

Omekashi, l’heure du maquillage et de la coiffure

-La coiffure est la partie qui permet le plus de liberté de mouvement : pour être élégante, on ne laisse évidemment pas les cheveux totalement détachés, mais on en fait un joli chignon. Celui ci peut être un chignon japonais traditionnel, ou un chignon plus moderne. Il peut être stricte et lissé, crêpé et gonflé, avec ou sans mèches qui dépassent etc.

Pour réaliser cette coiffure, j’ai un peu lutté avec les bigoudis pendant 1 heure, utilisé de nombreuses pinces plates, et beaucoup de laque! lol.

L’accessoire à cheveux avec les fleurs de Sakura que je porte a été réalisé de A à Z par ma chère maman. C’est du DIY de grande classe : elle a découpé et courbé chaque pétale dans de la soie brute vierge, puis les a subtilement teinté de rose pâle, pour enfin les assembler et en faire un bouquet. Les feuilles sont aussi en soie, faites mains, et sont flexibles grâce à du fils de fer qui suivent discrètement les formes des feuillages. Ma mère est très talentueuse en DIY…je suis fière de ses créations.

-Le make up : Le maquillage est une phase qui doit être effectuée avant d’endosser le Kimono afin de ne pas se salir malencontreusement. J’ai choisi des teintes roses sur mes paupières et du fushia transparent sur les lèvres pour plus d’éclat et de luminosité.

 

kimono kamon bleu avec nagoya obi, éventail japonais rouge et blanc

zori avec hanao rouge et violet fleuri

Kazaritsuke, le choix des accessoires

L’accessoirisation du Kimono a énormément d’importance pour amener une touche personnelle qui va de pair avec la combinaison Kimono/ Obi :

-Le col intérieur (han’eri) et de la doublure au dessus de ce dernier (Hiyoku) : Ici je porte un han’eri blanc et un Hiyoku fleuri rose et beige très pâle irisé. Les gens de bonnes conditions portaient dans l’ancien temps de nombreuses couches de Kimono. Depuis, les trop nombreuses couches ont été remplacées par des cols et des doublures, qui donnent l’illusion de porter plusieurs couches. La coquetterie veut que l’on choisisse avec soin son han’eri et son Hiyoku. Ils embellissent très discrètement la tenue et témoignent de la sensibilité et du style de celle qui porte le Kimono.

-Le Obi est mis en valeur grâce à un Obi-age ( [prononcez obi-agué] tissus en soie ressemblant à un foulard se mettant sur le dessus du Obi. Il est généralement toujours fait de soie rendu esthétique par la technique du shibori ) et à un Obijime (cordon de soie tressée), permettant de venir se nouer autour du Obi. Il en existe de deux sortes, l’un circulaire et l’autre plat. Le Obijime circulaire est plus formel que sa version plate. J’ai ajouté une petite touche kawaii en accordant avec un foulard en crêpe de soie rose pâle noué en forme de gros noeud.

-Les zôri : les chaussures traditionnelles sont en laque et le hanao (lanières du dessus) sont interchangeable afin de changer de couleurs et de motifs selon les envies. Les tabi accompagnent les Zôri : chaussettes japonaises montant jusqu’à la cheville, et séparantt le gros orteils des autres doigts de pieds. On ne porte jamais les zôri pieds nus : ce serait le comble du mauvais goût évidemment.

-Le sac à main : Petit de préférence, avec ou sans anse, et porté main évidemment. Les pochettes et les minaudières sont de très bonnes options pour finir une silhouette en Kimono. Il peut être de type occidental : cela donnera une touche de modernité et du cachet à l’ensemble de la tenue. Ici je porte un sac bleu marine impression croco (c’est pas du vrai croco!). Ce sac est un vintage à ma mère des années 70.

-Les bijoux : habituellement, on ne porte pas de bijoux quand on porte un Kimono, mais j’ai voulu ajouter une touche kawaii à mon poignet : j’ai mis mon bracelet noeud rose en cuir clouté. Il vient de chez Dior et m’a été offert par mon père.

-L’éventail japonais : C’est un accessoire essentiel si l’on veut être élégante jusqu’au bout des doigts ! Qui plus est, c’est pratique d’en avoir un car avec toutes ces couches, on a vite très chaud! On a donc évidemment besoin de s’éventer à souhait comme une grande dame d’antan. Hihi. ^^ J’ai choisi cet éventail aux couleurs du Japon : blanc et rouge éclatant! Blanc pour la pureté de l’âme et rouge pour la passion…

 

bracelet noeud rose Dior clouté

paysage estival fleuri, fleurs jaunes

kimono komon

 

Au final, je me rend surtout compte que j’ai beaucoup de chemin à faire pour devenir une pro du kitsuke… l’amour de mon pays et de ma culture, font que je ne me décourage jamais de rien. : il faut continuer à apprendre des choses nouvelles coûte que coûte, progresser, au jour le jour…

Pour moi, préserver l’art de me vêtir en Kimono est important : c’est ce qui relie le passé et le présent. C’est un peu de l’âme des japonais qui s’évapore chaque jour à cause de l’oubli de leur propre culture. J’ai envie de préserver cela. J’ai envie de me battre pour que survive le Japon ancestral dans mon coeur, et dans cette réalité, à travers mes actes.

La beauté d’un Kimono me rappelle chaque fois que mes efforts doivent être soutenus. Je crois bien que pour transmettre un savoir ancestral, je suis capable d’endurer beaucoup de choses.

Que signifie le mot “transmettre” pour vous ?

 

Vocabulaire japonais du jour

L’art d’endosser le Kimono : Kitsuke
La ceinture large traditionnelle : Obi
La boutique traditionnelle de Kimono : Gufuku-ya
Sa personnalité propre : Jibun rashisa

 

 

PS: Aujourd’hui, le blog beauté Juste Sublime m’accorde une interview. Vous pouvez aller y jeter un coup d’oeil…si vous voulez en savoir un peu plus sur ma personne.

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22 Jun

2012

Yui groupe de musique japonais folklorique

 

Yui, groupe japonais de musique folklorique

Hier 21 juin, c’était le premier jour de l’été. C’était aussi le jour de la fête de la musique. J’en profite pour vous présenter un groupe japonais, Yui. Ce trio original joue de la musique folklorique japonaise en mélangeant parfois des influences modernes.

 

Kakinokihara Kou, Tsujimoto Yoshimi, Hanawa Chie

 

Le line-up est composé de :

Hanawa Chie au Tsugaru Shamisen
Kakinokihara Kou au Koto
Tsujimoto Yoshimi au Shakuhachi

 

Yui : hanawa chie joue du shamisen

 

Hanawa Chie, joueuse de shamisen hors pair

La plus connue du groupe est la joueuse de shamisen, Hanawa Chie. Elle est originaire d’Ibaraki (région actuellement sinistrée du Japon depuis 2011) et joue du shamisen depuis l’âge de 9 ans. Elle a remporté depuis ses 15 ans, divers concours qui ont amené les médias à se tourner vers cette jeune et talentueuse musicienne.

Elle est une des rares joueuse de shamisen à être connue pour avoir dépassé les frontières nippons, mais aussi à transcender le genre traditionnel en se situant dans un répertoire personnel mélangeant musique folklorique et moderne.

Elle joue du Tsugaru Shamisen : ce style trouve ses racines dans la région de Tsugaru, préfecture d’Aomori, et est connu pour être plus rythmé que le Shamisen classique.

Il y a une réelle harmonie dans ce groupe, entre le koto, le shamisen et le shakuhachi. Je trouve que c’est apaisant. La musique de Yui me transporte vers un Japon romantique et teinté de nostalgie.

 

 

Hanawa Chie…cette fille a vraiment la classe ! Je pourrais passer des heures à écouter du shamisen. C’est un son particulier et agréable à l’oreille.

C’est vraiment magnifique et ça change un peu de mon métal habituel. Evidemment mon éclectisme fait que je ne peux m’empêcher d’être curieuse et d’aller à la quête de nouveaux sons.

Je vous encourage à aller voir les vidéos de Yui sur leur chaîne You Tube.

C’est fou ce que j’aime aussi les japonaises en furisode et hakama !

Je vous l’avais dit, j’ai un petit faible pour les hakama (qu’ils soient porté par des hommes ou par des femmes d’ailleurs…c’est super sexy! ). Je crois que je vais finir par craquer et en aquérir un !
Le hakama a toujours donné un côté “femme érudite” et combattive. J’aime bien cette délicatesse impreignée de force intérieure.

Tout ça me fait penser que quand j’étais petite et que je vivais au Japon, je prenais des cours de Koto. Je n’ai jamais pris assez de cours pour pouvoir avoir ce niveau !  N’empêche, dur de continuer dans le sens où l’apprentissage d’instruments japonais traditionnels n’est absolument pas évidente en France : évidemment, il n’y a personne pour donner des cours…

 

Alors, comment vous trouvez la musique de Yui ? Est ce que ça vous dépayse ? 

 

 

Vocabulaire japonais du jour

Le lien : Yui (c’est le kanji du groupe)
La musique : Ongaku
Le son : Oto

 

 

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20 Jun

2012

atsushi sakai - prière aux morts japon
 

L’érotisme japonais photographié par Atsushi Sakai

Atsushi Sakai  est un photographe et un danseur butoh (butô) japonais, né dans la préfecture de Ishikawa en 1958. Celui-ci se dit être fasciné par l’au-delà : “nous vivons grâce aux morts” dit-il.

Dans Hyaku Monogatari (Cent Contes), ses photographies explorent un monde empreint d’ésotérisme, habité par le surnaturel. Les héroïnes de ces contes japonais sont des femmes d’une beauté éblouissante et à la peau immaculée. Elles ont toute une histoire différente, mais chacune d’entre-elles va expérimenter sur le chemin de la perte de l’innocence, la dimension du sacré.

 

sakai atsushi - kinbaku, bondage japonais, jeune femme attachée par des cordes

 

Un peu d’histoire sur la sexualité au Japon

Souvent les occidentaux ont du mal à comprendre le gouffre qui existe entre “les bonnes moeurs” occidentales et celles des japonais. Au Japon, il n’existe pratiquement pas de sentiments de culpabilité lié à la sexualité, ni d’obligations à la retenue des pulsions : toutes ses valeurs sont à la base un héritage judéo-chrétiens, et n’ont jamais eu aucun sens originellement au pays du soleil levant.

Le pêché ne se trouve pas dans l’acte d’amour, ni dans la nudité. Le culte Shintô a toujours bien au contraire encouragé les manifestations liées à la fertilité, à la fécondité : depuis les temps ancestraux, la coutume a voulu que l’on laisse éclater les puissances de vie et de création. Il s’agit là de contrer les puissances de morts et de destruction. Les fêtes sacrées se terminaient jadis en orgie et rien ne pouvait stopper l’élan de vie des populations dans certaines campagnes…

Certaines coutumes sont profondément encrées et sont en partie restées, même à l’heure actuelle : la fête de la fertilité.

C’est ainsi que l’on peut encore fréquemment voir dans certains sanctuaires des statues de Tanuki et leurs testicules géantes, ou des matsuri (fêtes religieuses) où l’on transporte joyeusement en communauté, des représentations de phallus ou de vulve géants.

Certains s’offusqueraient en France, en Europe ou aux Etats-Unis. Je les entends déjà se scandaliser : “comment ose t-on montrer cela à des enfants! Mais quel rîte malsain ! Les pauvres petits vont être choqués !”

Contrairement à ce que l’on peut croire, ces objets représentant les parties intimes de l’homme et de la femme, n’ont rien de vulgaires. L’on part du principe que le naturel n’a rien de malveillant ni de malsain. Ils  symbolisent le sacré : la VIE et son éternel cycle. L’érection est même associée depuis 4000 ans à une force solaire !

Il n’est donc pas rare de voir hommes, femmes et enfants japonais impreignés de ces traditions chamaniques, toucher ses objets avec beaucoup de respect. Ils posent la main sur l’objet tout en faisant un voeux : on souhaite la fertilité des rizières, une maternité heureuse, l’harmonie de la vie en communauté ou encore une santé vigoureuse aux-uns et aux autres…

Ce rituel est un moyen d’entrer en contact avec les Kami locaux et demander leurs faveurs.

 

sakai atsushi , jeune femme japonaise attachée avec des cordes : kinbaku (bondage japonais)
 

Nudité et pudeur au Japon

Aussi étrange que cela puisse paraître, la nudité totale n’a jamais été l’objet de quelconque excitation. Trop naturel, pas assez sophistiquée, limite grotesque : être nu n’était qu’un état permettant un certain confort dans le déroulement de la vie quotidienne. Il n’était donc pas rare de voir depuis les temps anciens, les gens du peuple travailler à moitié dénudés dans les champs ou les rizières. Les femmes torse-nus et les hommes en fundoshi (le même type de cache-sexe que portent les sumo).

Les femmes étaient aussi nues sous leur kimono et ces pratiques ont été une réalité jusqu’à récemment. A l’époque de mes grands parents, il arrivait encore que les femmes ne portent pas de sous-vêtements lorsqu’elles étaient en kimono. Pas de culotte donc, on laissait la chose à l’air libre. (Un peu comme les hommes nu sous leur kilt écossais).

Concernant la nudité dans les bains publics : ceux-ci ont longtemps été mixtes et ne posaient aucun problème. Tout le monde se baignait sans avoir honte de son corps. Les gens trouvaient cela normal que de se laver ensemble. Le rituel du bain était trop important. C’était un moment de détente tellement ancré dans le quotidien des japonais  et lié à leur hygiène que rien n’aurait pu lier cette activité à quoi que ce soit de sexuel. Parfois je me dis que certainement, il y avait une véritable candeur à cette époque au Japon, un peu comme celle que l’on représente dans la génèse avec le mythe d’Adam et Eve. Je trouve cette réalité plutôt belle.

 

Séduction et nudité partielle : le jeu du cache-cache subtil

La nudité n’était jadis pas un élément à mettre en valeur, surtout lorsqu’il s’agissait de séduction. Murasaki Shikibu, grande dame de la cour de Heian (et accessoirement auteur du Dit de Genji / an 1000), décrivait déjà le froid que pouvait jeter la vue d’un corps totalement dénudé :

Un corps nu est inoubliablement horrible. Il n’a vraiment pas le moindre charme“.

Sans aller jusqu’au rejet total de la nudité (mieux accueillie partiellement d’ailleurs), l’on peut supposer que l’excitation des japonais est provoquée par des jeux de cache-cache un peu plus subtils et compliqués que du simple fait de se dévêtir intégralement. Les japonais ont besoins d’éléments capables d’éveiller leur imagination. La sexualité chez les japonais est donc d’abord une activité cérébrale, dans laquelle les fantasmes non-assouvis jouent un grand rôle : celui de catalyseur érotique.

Par conséquent, le toucher d’un beau kimono (rare à l’époque) ou l’expressivité particulière d’un visage pouvait paraître beaucoup plus érotique qu’un déballage grossier du corps.

La pudeur à la japonaise est donc certainement spécifique : n’avez-vous jamais vu une jeune femme cacher sa bouche pour manger ou pour sourire à pleines dents ?

Les visages au Japon sont souvent impassibles, car on dit de lui qu’il est le reflet de l’âme. Les dames de la cour à l’époque médiévale cachaient leur visage le plus souvent. Et c’est certainement pour faire perdre le contrôle à ces visages trop sérieux, que les japonais ont redoublé de créativité.  Le but était d’arriver à faire lâcher-prise, d’entrevoir l’expression d’un visage déformé par les divers sentiments : de honte, de bonheur, d’amour, de jouissance…

On peut voir sur les photos de Atsushi Sakai l’art du kinbaku (bondage japonais / Kinbaku-bi). Le kinbaku peut aussi être un moyen de détourner cette nudité : les cordes habillent le corps tout en servant d’outil pour dévoiler la pudeur des expressions : par la suspension, les contorsions, le noeuds très serrés, l’ont pousse la femme à exprimer ses sentiments et à faire apparaître sur son visage toutes les choses habituellement cachées…

 

sakai atsushi , ushikubishinju

 

Censure et dictature culturelle : du Japon originel au Japon occidentalisé

Seulement en 1868 les chosent basculent. L’ouverture du Japon au commerce avec l’étranger fait que dorénavant l’archipel accueille et tisse des liens étroits avec les étrangers occidentaux.

Le gouvernement de Meiji soucieux d’entretenir une image digne de recevoir en retour le respect de ses partenaires commerciaux et politiques, décide d’imposer de nouvelles règles : abolition de la caste des samurai :  plus de sabres ni de chommage (coiffure traditionnelle des samurai), interdiction de se montrer nus en public, interdiction d’être torse-nu, interdiction de montrer les cuisses (pour les femmes), interdiction des bains publics mixtes, interdiction du port de kimono transparents…

On va même jusqu’à supprimer des cultes locaux et des fêtes Shintô pratiqués pourtant avec respect depuis la nuit des temps…

L’élite occidentale européenne et américaine se sont permis en réalité d’écraser les coutumes et valeurs d’un Japon traditionnel en imposant des lois jusqu’alors inexistantes. C’est à partir de ce moment là que le Japon  a commencé à perdre petit à petit de son âme.

De parfaits étrangers ont un beau jour décidé que telles ou telles choses “étaient de mauvaises manières” et qu’il était urgent de les rééduquer à leur convenance, sous prétexte que le “Japon n’était pas un pays civilisé.”
Bien avant Hiroshima et Nagasaki (prouesse morbide signifiant “j’en ai une plus grosse que vous” de la part des américains), des mesures humiliantes avaient déjà commencé à empoisonner la culture nippon.

C’est ainsi que des lois “contre la nudité” ont été imposées de force à une population qui n’avait rien demandé, quant bien même ils vivaient très bien comme cela depuis des millénaires.

La raison pour laquelle le gouvernement japonais a fait autant de zèle pour plaire aux occidentaux, était dans un but purement stratégique : celui de faire abroger les “traités inégaux” ( échange diplomatique, ouverture obligatoire des ports aux étrangers, commerces imposés des américains, l’immunité des étrangers face aux lois japonaises, taxes imposées et contrôlées par les étrangers…)

Ce Traité d’amitié et de commerce États-Unis-Japon de 1858 (quel cynisme!) avait en réalité grandement affaibli la souveraineté du Japon. Ce n’était pas trop de dire qu’une possible colonisation du Japon avait certainement dès lors été envisagée.

Désormais, des pratiques et des valeurs puritaines allaient être imposées aux japonais, transformant petit à petit leurs habitudes initiales.

Cette partie là de l’histoire du Japon, a été le prémice à l’américanisation massive post seconde guerre mondiale, à la perte progressive de l’identité originelle nippon, et à la progression de l’amnésie des japonais envers leur propre culture traditionnelle et locale…(je tiens aussi à dire que le gouvernement japonais de l’époque agissait déjà de façon absurde. ça non plus, ça n’a pas changé!)

C’est à partir de ce moment là aussi que les japonais ont commencé à user de leur imagination pour contourner la censure de la nudité, ou la censure des représentations de la sexualité, la censure de certaines estampes (ukiyo-e)…(Finalement, la population japonaise se bat aujourd’hui encore contre bien d’autres formes de censures : c’est fou ce qu’on a du mal à progresser…)

 

atsushi sakai : mythe du mont miwa, la femme ensorcelée et le serpent sacré
 

Le Mythe du Mont Miwa et le Kami O-Kuni-Nushi

L’image de la femme avec le serpent provient d’une vieille légende japonaise qui raconte la relation entre O-Kuni-Nushi et son épouse

***

La princesse Yamato avait épousé ce dernier dans la nuit noire et n’avait par conséquent jamais vu son mari.  Elle le supplia de rester jusqu’au matin afin qu’elle puisse admirer la beauté renommée de sa majesté. O-Kuni-Nushi lui promit d’apparaître dans la pièce où elle faisait sa toilette durant la matinée. Il lui demanda par avance de ne pas être surprise. La Princesse curieuse, ne comprit pas la signification de cette recommandation. Une fois le petit jour arrivé,  elle jeta un oeil parmis ses affaires et aperçu un grand et magnifique serpentPrise de panique, elle se mit à crier. O-Kuni-Nushi, honteux de sa véritable apparence,  reprit immédiatement forme humaine et c’est alors qu’il dit à sa femme: “Tu n’as pu m’accepter comme j’étais, ni te contenir, tu m’as obligé à me sentir honteux. Je vais te  faire ressentir la même chose. ”

Et, disant cela, il gravit le Mont Miwa. La Princesse Yamato leva les yeux et peinée de remords, elle perdit l’équilibre et se blessa à mort avec une baguette. 

 
***

L’apparition du serpent dans la scène d’Atsushi Sakai est donc symbolique :  du mariage entre le terrestre et du divin. La femme renoue avec le sacré en acceptant d’épouser le Kami, sous n’importe quelle forme. Ici, la femme semble hypnotisée par le serpent. Je pense que le moine tente de procéder à une conjuration (exorcisme) en l’attachant dans une grotte, afin de la sauver de la mort. A moins qu’il ne soit entrain de procéder à une purification du corps de la femme pour que cette union puisse avoir lieu. Cette deuxième option est possible dans le sens où pendant très longtemps, les femmes ont été bannies des Monts sacrés au Japon. Le corps de la femme saigne chaque mois. Et dans le culte Shintô, le sang étant considéré comme impur, aucune créature portant en elle le saignement perpétuel n’a donc le droit de pénétrer dans les enceintes sacrées abritant les Kami.

Aussi, même à notre époque, il sera recommandé aux femmes ayant leur menstruation, de ne pas pénétrer dans un sanctuaire shintô (jinja) tant qu’elles sont souillées par le sang.

 

Atsushi Sakai Ushikubishinju
 

Ushikubishinju

Atsushi Sakai raconte par le biais de cette photo, l’histoire d’une jeune femme malade, en proie à de terribles hallucinations : chaque nuit, elle faisait le même rêve, celui de se faire violer par un monstre à tête de vache. Etait-ce un kami venu la posséder? En réalité, la jeune femme, agonisait tout en se faisant abuser par son propre cousin. Il était amoureux d’elle…

***
 

De nos jours encore, parait-il, pratique t-on au Japon le Kami-asobi (“divertissement aux Kami”) : ce sont les Miko, les prêtresses shintô qui sont abilitées à le faire. Ces femmes, on les vénère et parfois on les craint, beaucoup voient en elles l’objet de tous leurs fantasmes. Aujourd’hui les Miko, vêtuent de blanc et de rouge, semblent être candides et innocentes, elles n’ont aussi aucuns pouvoirs particuliers. Mais  jusqu’au XVII ème siècle, il en a existé des bien moins avenantes : on les considéraient comme des sorcières chamanes, ayant des pouvoirs de médium, capable de mener à bien exorcisme, conjuration, purification, offrande sexuelle, possession, spiritisme

Elles communiquaient, les yeux révulsés, avec les morts, afin de relier ce monde et celui de l’au-delà…certaines légendes parlent d’elles et de leur puissance divine…

De nos jours, les Miko continuent de danser lors de fêtes shintô, ou de cérémonies spécifiques. Chaque pas de danse de ses jeunes femmes honorent les divinités et amènent prospérité. Ces danses ont inspiré le Butô (Butoh).

Atsushi Sakai en est un pratiquant passionné. On comprend dès lors le lien qui existe entre son univers et celui de toutes ses femmes ensorceleuses.

 

atsushi sakai, miko purifiant une jeune femme (rituel shintô)

 

Ce que j’ai apprécié chez Atsushi Sakai, c’est cette sensibilité palpable découlant du Japon originel. En regardant attentivement ses photos, j’ai décelé la puissance instinctive de cette âme ancestrale nippon. J’ai été attirée par la beauté et la volupté de ses clichés. La magie chamanique est belle et bien présente dans ces mises en scène érotiques. J’ai ressenti de la ferveur dans son oeuvre, dans sa façon de raconter le destin fantastique de chacune de ses héroïnes.

 

Questions aux lecteurs et lectrices :
qu’est ce qui vous fascine le plus dans l’imaginaire érotique japonais ? 

 

 

Vocabulaire japonais du jour

Le monde des vivants : Konoyo

L’au-delà : Anoyo
La prêtresse chamane : Miko
La voie des dieux : Shintô
Le bondage : Kinbaku 
Erotique : Eroi 
Attirant / sexy : Iroppoi
La femme : Onna
Le rituel : Gishiki
Les divinités : Kami

 

 

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15 Jun

2012

no more fukushima

Une expo d’artistes japonais anti-nucléaires : No More Fukushima

Avant mars 2011, ils n’étaient peut-être pas anti-nucléaires. Peut-être même qu’ils pensaient que le nucléaire était l’énergie du futur. Ou alors ils ne se posaient pas de questions. Ils pensaient certainement que le gouvernement gérait cette industrie et l’avait sous son contrôle. Peut-être étaient-ils fiers de vivre dans l’un des pays les plus modernes et les plus high-tech au monde. Ils avaient confiance. Aveuglément. Certains se rappelaient peut-être de Tchernobyl, d’autres pas :

ils vivaient finalement sans broncher, avec toutes ces centrales nucléaires et ces réacteurs sur leur territoire. Mais maintenant ils ont un point commun : leur pays natal a été souillé par la radioactivité.

 

***

Afin de respecter l’exercice contemplatif des posters ainsi que les différents messages de la part des artistes, je préfère ne pas évoquer mon propre point de vu sur chacune des images. Je le ferai dans les commentaires si vous le souhaitez.

Toutes les affiches proviennent du site Stop Nuclear
pour le projet anti-nucléaire “No More Fukushima“.

 

no more fukushima - it won't affect your health immediately

no nuke

no more fukushima - liquidateurs

no more nuke : we can

no more 3/11

no more fukushima

“Contamination au césium 137 : plus jamais!”

no nuke - save children

no nuke save japan

“Nous ne pouvons pas aimer le nucléaire”

no more fukushima

“On ne laissera pas subsister de nucléaire pour les adultes du futur.”

datsu genpatsu

“Nous n’avons pas besoin de nucléaire. Faisons le pour les vies à venir…”

nuke life

poster enfant thyroide - no more fukushima

“Réveillez-vous, c’est la réalité.”

no nuke

no nuke

 

Depuis 3/11

La catastrophe de Fukushima a changé à jamais notre vision du monde, à nous, les japonais.

Pour moi, depuis le 11 mars, c’est comme si quelque chose qui m’était très cher s’était brisé. Une part de mon innocence m’a été volée. Le Japon a été souillé dans son intégrité. La nature elle même a été pervertie. Tout semble visuellement comme avant. Sauf qu’à présent, cette chose invisible est là : Inodore, indétectable à l’oeil nu. Elle se répand…

Ses infimes particules volent, on les appelle des radionucléides. Ils voyagent au gré du vent, de la pluie, de la neige, et libérent des rayonnements ionisants. Ils se fixent au pollen du printemps, accompagnent les êtres vivants. Les tracent sans répit, et ne disparaissent pas facilement.

Cela dure 30 ans, 300 ans, 250 000 ans…cela dépend du type d’isotopes.

La radioactivité se cumule dans le temps, on appelle ça le temps d’exposition. Elle nous traverse, altère nos tissus, s’infiltre, nous bombarde de l’intérieur, sectionne notre ADN,  fait muter nos cellules.

Il n’ya rien à faire à part fuir loin de sa source: fuir mais la mesurer.
Comprendre l’impardonnable. Lui faire face chaque jour.

Tout cela est terrifiant mais l’atome n’est pas coupable. Le plutonium ou le Mox n’existaient nul part sous cette forme sur terre !…

Qui l’a crée synthétiquement ? Qui l’a libérée ? Qui a été arrogant? Qui a cru tout dominer ? Qui a été corrompu et avide ?

L’humain est responsable. Il ne pense qu’au présent. Il n’anticipe jamais assez. Il n’apprend jamais de son karma.
L’humain est lui même coupable de la plus grande source de souffrances.

 

 

Fukushima et les “pourquoi”

Pourtant quelques questions subsistent :

- Pourquoi le gouvernement japonais n’a t-il toujours pas évacué toutes les zones à risques?
- Que vont devenir ces personnes ?
- Pourquoi dispersent-ils la radioactivités plutôt que de la contenir ? dispersion des débris contaminé et leur incinérations dans tout le Japon

- Propagande du gouvernement à encourager la consommation de produits alimentaires contaminés
- Pourquoi ont-ils décidés l’arrêt du suivi médical de la thyroïde des enfants ?
- Pourquoi interrompent-ils volontairement l’enquête sur l’exposition des japonais à l’iode 131
- Comment les officiels osent-ils redémarrer les réacteurs contre la volonté du peuple ?
- Pourquoi les organismes comme l’ONU, l’OMS ne font-ils absolument rien alors que la piscine du réacteur 4 est bourrée de combustible et au bord du scénario fatal?

Toutes ses décisions vont à l’encontre du bien commun, du droit à la vie, à la santé, à son intégrité et à la démocratie.

Plus j’y réfléchi, et plus je trouve cela absurde. A tous ceux qui pensent que le Japon est un paradis, il est maintenant à la fois un enfer. Cette réalité, peu de gens osent en parler. La plupart des blogs Japon n’en parleront quasiment jamais : ils cultivent coûte que coûte l’image d’un Japon lisse et intouchable. Le déni et le mensonge font rage. La naïveté et les paroles rassurantes tentent en vain de faire illusion.

Mais qui est réellement dupe de tout cela ?


Alors je vous le dis, je n’étais pas anti-nucléaire au départ. Je le suis devenue.

En disant NON, je veux changer le cours de l’histoire, et éviter ces souffrances à d’autres, ailleurs.
Je ne veux pas me taire, quitte à être dérangeante ou à mettre mal à l’aise. Parce que le Japon est mon pays natal, et que je l’aime plus que quiconque. Seulement l’amour ne me rend pas aveugle.


***

A quand l’éveil des consciences ?
Comment allons-nous cesser de répéter les mêmes erreurs ?

 

 

Pour aller plus loin

Je combat par amour via Kibô-Promesse : association de solidarité Japon

Je dédie ce post à mon ami Iori Mochizuki, réfugié nucléaire depuis 2011 et auteur de Fukushima Diary, ainsi qu’à Pierre Fetet du blog de Fukushima.
Tous mes respects envers les Veilleurs de Fukushima.

 
Le groupe FB des Veilleurs de Fukushima francophones.
Le fil twitter de ma veille informationnelle sur le Japon post 3/11

 

 

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