20 Jun

2012

Atsushi Sakai – Hyaku Monogatari – contes érotiques japonais

atsushi sakai - prière aux morts japon
 

L’érotisme japonais photographié par Atsushi Sakai

Atsushi Sakai  est un photographe et un danseur butoh (butô) japonais, né dans la préfecture de Ishikawa en 1958. Celui-ci se dit être fasciné par l’au-delà : “nous vivons grâce aux morts” dit-il.

Dans Hyaku Monogatari (Cent Contes), ses photographies explorent un monde empreint d’ésotérisme, habité par le surnaturel. Les héroïnes de ces contes japonais sont des femmes d’une beauté éblouissante et à la peau immaculée. Elles ont toute une histoire différente, mais chacune d’entre-elles va expérimenter sur le chemin de la perte de l’innocence, la dimension du sacré.

 

sakai atsushi - kinbaku, bondage japonais, jeune femme attachée par des cordes

 

Un peu d’histoire sur la sexualité au Japon

Souvent les occidentaux ont du mal à comprendre le gouffre qui existe entre “les bonnes moeurs” occidentales et celles des japonais. Au Japon, il n’existe pratiquement pas de sentiments de culpabilité lié à la sexualité, ni d’obligations à la retenue des pulsions : toutes ses valeurs sont à la base un héritage judéo-chrétiens, et n’ont jamais eu aucun sens originellement au pays du soleil levant.

Le pêché ne se trouve pas dans l’acte d’amour, ni dans la nudité. Le culte Shintô a toujours bien au contraire encouragé les manifestations liées à la fertilité, à la fécondité : depuis les temps ancestraux, la coutume a voulu que l’on laisse éclater les puissances de vie et de création. Il s’agit là de contrer les puissances de morts et de destruction. Les fêtes sacrées se terminaient jadis en orgie et rien ne pouvait stopper l’élan de vie des populations dans certaines campagnes…

Certaines coutumes sont profondément encrées et sont en partie restées, même à l’heure actuelle : la fête de la fertilité.

C’est ainsi que l’on peut encore fréquemment voir dans certains sanctuaires des statues de Tanuki et leurs testicules géantes, ou des matsuri (fêtes religieuses) où l’on transporte joyeusement en communauté, des représentations de phallus ou de vulve géants.

Certains s’offusqueraient en France, en Europe ou aux Etats-Unis. Je les entends déjà se scandaliser : “comment ose t-on montrer cela à des enfants! Mais quel rîte malsain ! Les pauvres petits vont être choqués !”

Contrairement à ce que l’on peut croire, ces objets représentant les parties intimes de l’homme et de la femme, n’ont rien de vulgaires. L’on part du principe que le naturel n’a rien de malveillant ni de malsain. Ils  symbolisent le sacré : la VIE et son éternel cycle. L’érection est même associée depuis 4000 ans à une force solaire !

Il n’est donc pas rare de voir hommes, femmes et enfants japonais impreignés de ces traditions chamaniques, toucher ses objets avec beaucoup de respect. Ils posent la main sur l’objet tout en faisant un voeux : on souhaite la fertilité des rizières, une maternité heureuse, l’harmonie de la vie en communauté ou encore une santé vigoureuse aux-uns et aux autres…

Ce rituel est un moyen d’entrer en contact avec les Kami locaux et demander leurs faveurs.

 

sakai atsushi , jeune femme japonaise attachée avec des cordes : kinbaku (bondage japonais)
 

Nudité et pudeur au Japon

Aussi étrange que cela puisse paraître, la nudité totale n’a jamais été l’objet de quelconque excitation. Trop naturel, pas assez sophistiquée, limite grotesque : être nu n’était qu’un état permettant un certain confort dans le déroulement de la vie quotidienne. Il n’était donc pas rare de voir depuis les temps anciens, les gens du peuple travailler à moitié dénudés dans les champs ou les rizières. Les femmes torse-nus et les hommes en fundoshi (le même type de cache-sexe que portent les sumo).

Les femmes étaient aussi nues sous leur kimono et ces pratiques ont été une réalité jusqu’à récemment. A l’époque de mes grands parents, il arrivait encore que les femmes ne portent pas de sous-vêtements lorsqu’elles étaient en kimono. Pas de culotte donc, on laissait la chose à l’air libre. (Un peu comme les hommes nu sous leur kilt écossais).

Concernant la nudité dans les bains publics : ceux-ci ont longtemps été mixtes et ne posaient aucun problème. Tout le monde se baignait sans avoir honte de son corps. Les gens trouvaient cela normal que de se laver ensemble. Le rituel du bain était trop important. C’était un moment de détente tellement ancré dans le quotidien des japonais  et lié à leur hygiène que rien n’aurait pu lier cette activité à quoi que ce soit de sexuel. Parfois je me dis que certainement, il y avait une véritable candeur à cette époque au Japon, un peu comme celle que l’on représente dans la génèse avec le mythe d’Adam et Eve. Je trouve cette réalité plutôt belle.

 

Séduction et nudité partielle : le jeu du cache-cache subtil

La nudité n’était jadis pas un élément à mettre en valeur, surtout lorsqu’il s’agissait de séduction. Murasaki Shikibu, grande dame de la cour de Heian (et accessoirement auteur du Dit de Genji / an 1000), décrivait déjà le froid que pouvait jeter la vue d’un corps totalement dénudé :

Un corps nu est inoubliablement horrible. Il n’a vraiment pas le moindre charme“.

Sans aller jusqu’au rejet total de la nudité (mieux accueillie partiellement d’ailleurs), l’on peut supposer que l’excitation des japonais est provoquée par des jeux de cache-cache un peu plus subtils et compliqués que du simple fait de se dévêtir intégralement. Les japonais ont besoins d’éléments capables d’éveiller leur imagination. La sexualité chez les japonais est donc d’abord une activité cérébrale, dans laquelle les fantasmes non-assouvis jouent un grand rôle : celui de catalyseur érotique.

Par conséquent, le toucher d’un beau kimono (rare à l’époque) ou l’expressivité particulière d’un visage pouvait paraître beaucoup plus érotique qu’un déballage grossier du corps.

La pudeur à la japonaise est donc certainement spécifique : n’avez-vous jamais vu une jeune femme cacher sa bouche pour manger ou pour sourire à pleines dents ?

Les visages au Japon sont souvent impassibles, car on dit de lui qu’il est le reflet de l’âme. Les dames de la cour à l’époque médiévale cachaient leur visage le plus souvent. Et c’est certainement pour faire perdre le contrôle à ces visages trop sérieux, que les japonais ont redoublé de créativité.  Le but était d’arriver à faire lâcher-prise, d’entrevoir l’expression d’un visage déformé par les divers sentiments : de honte, de bonheur, d’amour, de jouissance…

On peut voir sur les photos de Atsushi Sakai l’art du kinbaku (bondage japonais / Kinbaku-bi). Le kinbaku peut aussi être un moyen de détourner cette nudité : les cordes habillent le corps tout en servant d’outil pour dévoiler la pudeur des expressions : par la suspension, les contorsions, le noeuds très serrés, l’ont pousse la femme à exprimer ses sentiments et à faire apparaître sur son visage toutes les choses habituellement cachées…

 

sakai atsushi , ushikubishinju

 

Censure et dictature culturelle : du Japon originel au Japon occidentalisé

Seulement en 1868 les chosent basculent. L’ouverture du Japon au commerce avec l’étranger fait que dorénavant l’archipel accueille et tisse des liens étroits avec les étrangers occidentaux.

Le gouvernement de Meiji soucieux d’entretenir une image digne de recevoir en retour le respect de ses partenaires commerciaux et politiques, décide d’imposer de nouvelles règles : abolition de la caste des samurai :  plus de sabres ni de chommage (coiffure traditionnelle des samurai), interdiction de se montrer nus en public, interdiction d’être torse-nu, interdiction de montrer les cuisses (pour les femmes), interdiction des bains publics mixtes, interdiction du port de kimono transparents…

On va même jusqu’à supprimer des cultes locaux et des fêtes Shintô pratiqués pourtant avec respect depuis la nuit des temps…

L’élite occidentale européenne et américaine se sont permis en réalité d’écraser les coutumes et valeurs d’un Japon traditionnel en imposant des lois jusqu’alors inexistantes. C’est à partir de ce moment là que le Japon  a commencé à perdre petit à petit de son âme.

De parfaits étrangers ont un beau jour décidé que telles ou telles choses “étaient de mauvaises manières” et qu’il était urgent de les rééduquer à leur convenance, sous prétexte que le “Japon n’était pas un pays civilisé.”
Bien avant Hiroshima et Nagasaki (prouesse morbide signifiant “j’en ai une plus grosse que vous” de la part des américains), des mesures humiliantes avaient déjà commencé à empoisonner la culture nippon.

C’est ainsi que des lois “contre la nudité” ont été imposées de force à une population qui n’avait rien demandé, quant bien même ils vivaient très bien comme cela depuis des millénaires.

La raison pour laquelle le gouvernement japonais a fait autant de zèle pour plaire aux occidentaux, était dans un but purement stratégique : celui de faire abroger les “traités inégaux” ( échange diplomatique, ouverture obligatoire des ports aux étrangers, commerces imposés des américains, l’immunité des étrangers face aux lois japonaises, taxes imposées et contrôlées par les étrangers…)

Ce Traité d’amitié et de commerce États-Unis-Japon de 1858 (quel cynisme!) avait en réalité grandement affaibli la souveraineté du Japon. Ce n’était pas trop de dire qu’une possible colonisation du Japon avait certainement dès lors été envisagée.

Désormais, des pratiques et des valeurs puritaines allaient être imposées aux japonais, transformant petit à petit leurs habitudes initiales.

Cette partie là de l’histoire du Japon, a été le prémice à l’américanisation massive post seconde guerre mondiale, à la perte progressive de l’identité originelle nippon, et à la progression de l’amnésie des japonais envers leur propre culture traditionnelle et locale…(je tiens aussi à dire que le gouvernement japonais de l’époque agissait déjà de façon absurde. ça non plus, ça n’a pas changé!)

C’est à partir de ce moment là aussi que les japonais ont commencé à user de leur imagination pour contourner la censure de la nudité, ou la censure des représentations de la sexualité, la censure de certaines estampes (ukiyo-e)…(Finalement, la population japonaise se bat aujourd’hui encore contre bien d’autres formes de censures : c’est fou ce qu’on a du mal à progresser…)

 

atsushi sakai : mythe du mont miwa, la femme ensorcelée et le serpent sacré
 

Le Mythe du Mont Miwa et le Kami O-Kuni-Nushi

L’image de la femme avec le serpent provient d’une vieille légende japonaise qui raconte la relation entre O-Kuni-Nushi et son épouse

***

La princesse Yamato avait épousé ce dernier dans la nuit noire et n’avait par conséquent jamais vu son mari.  Elle le supplia de rester jusqu’au matin afin qu’elle puisse admirer la beauté renommée de sa majesté. O-Kuni-Nushi lui promit d’apparaître dans la pièce où elle faisait sa toilette durant la matinée. Il lui demanda par avance de ne pas être surprise. La Princesse curieuse, ne comprit pas la signification de cette recommandation. Une fois le petit jour arrivé,  elle jeta un oeil parmis ses affaires et aperçu un grand et magnifique serpentPrise de panique, elle se mit à crier. O-Kuni-Nushi, honteux de sa véritable apparence,  reprit immédiatement forme humaine et c’est alors qu’il dit à sa femme: “Tu n’as pu m’accepter comme j’étais, ni te contenir, tu m’as obligé à me sentir honteux. Je vais te  faire ressentir la même chose. ”

Et, disant cela, il gravit le Mont Miwa. La Princesse Yamato leva les yeux et peinée de remords, elle perdit l’équilibre et se blessa à mort avec une baguette. 

 
***

L’apparition du serpent dans la scène d’Atsushi Sakai est donc symbolique :  du mariage entre le terrestre et du divin. La femme renoue avec le sacré en acceptant d’épouser le Kami, sous n’importe quelle forme. Ici, la femme semble hypnotisée par le serpent. Je pense que le moine tente de procéder à une conjuration (exorcisme) en l’attachant dans une grotte, afin de la sauver de la mort. A moins qu’il ne soit entrain de procéder à une purification du corps de la femme pour que cette union puisse avoir lieu. Cette deuxième option est possible dans le sens où pendant très longtemps, les femmes ont été bannies des Monts sacrés au Japon. Le corps de la femme saigne chaque mois. Et dans le culte Shintô, le sang étant considéré comme impur, aucune créature portant en elle le saignement perpétuel n’a donc le droit de pénétrer dans les enceintes sacrées abritant les Kami.

Aussi, même à notre époque, il sera recommandé aux femmes ayant leur menstruation, de ne pas pénétrer dans un sanctuaire shintô (jinja) tant qu’elles sont souillées par le sang.

 

Atsushi Sakai Ushikubishinju
 

Ushikubishinju

Atsushi Sakai raconte par le biais de cette photo, l’histoire d’une jeune femme malade, en proie à de terribles hallucinations : chaque nuit, elle faisait le même rêve, celui de se faire violer par un monstre à tête de vache. Etait-ce un kami venu la posséder? En réalité, la jeune femme, agonisait tout en se faisant abuser par son propre cousin. Il était amoureux d’elle…

***
 

De nos jours encore, parait-il, pratique t-on au Japon le Kami-asobi (“divertissement aux Kami”) : ce sont les Miko, les prêtresses shintô qui sont abilitées à le faire. Ces femmes, on les vénère et parfois on les craint, beaucoup voient en elles l’objet de tous leurs fantasmes. Aujourd’hui les Miko, vêtuent de blanc et de rouge, semblent être candides et innocentes, elles n’ont aussi aucuns pouvoirs particuliers. Mais  jusqu’au XVII ème siècle, il en a existé des bien moins avenantes : on les considéraient comme des sorcières chamanes, ayant des pouvoirs de médium, capable de mener à bien exorcisme, conjuration, purification, offrande sexuelle, possession, spiritisme

Elles communiquaient, les yeux révulsés, avec les morts, afin de relier ce monde et celui de l’au-delà…certaines légendes parlent d’elles et de leur puissance divine…

De nos jours, les Miko continuent de danser lors de fêtes shintô, ou de cérémonies spécifiques. Chaque pas de danse de ses jeunes femmes honorent les divinités et amènent prospérité. Ces danses ont inspiré le Butô (Butoh).

Atsushi Sakai en est un pratiquant passionné. On comprend dès lors le lien qui existe entre son univers et celui de toutes ses femmes ensorceleuses.

 

atsushi sakai, miko purifiant une jeune femme (rituel shintô)

 

Ce que j’ai apprécié chez Atsushi Sakai, c’est cette sensibilité palpable découlant du Japon originel. En regardant attentivement ses photos, j’ai décelé la puissance instinctive de cette âme ancestrale nippon. J’ai été attirée par la beauté et la volupté de ses clichés. La magie chamanique est belle et bien présente dans ces mises en scène érotiques. J’ai ressenti de la ferveur dans son oeuvre, dans sa façon de raconter le destin fantastique de chacune de ses héroïnes.

 

Questions aux lecteurs et lectrices :
qu’est ce qui vous fascine le plus dans l’imaginaire érotique japonais ? 

 

 

Vocabulaire japonais du jour

Le monde des vivants : Konoyo

L’au-delà : Anoyo
La prêtresse chamane : Miko
La voie des dieux : Shintô
Le bondage : Kinbaku 
Erotique : Eroi 
Attirant / sexy : Iroppoi
La femme : Onna
Le rituel : Gishiki
Les divinités : Kami

 

 

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"Atsushi Sakai – Hyaku Monogatari – contes érotiques japonais"

  1. Merci pour cet article très intéressant ;)

  2. Aizen

    @Bouboulette : Mais de rien! ^^

  3. Oui, merci pour ce petit cours de culture et d’histoire de l’art. Quand on me parlait érotisme japonais je ne connaissais que les Shunga.

    Je ne connais pas bien non plus l’histoire religieuse du Japon, je suis tellement heureuse de découvrir ces aspects chamaniques ! Je m’y intéresse de près depuis des années et j’ai plus d’affinités avec cette branche du mysticisme que le catholicisme, trop éloigné de la vie réelle à mon goût.

    Ça me fait mal au cœur de voir qu’encore une fois une poignée d’intégristes bas du front a cherché à balayer toutes ces traditions ancestrales sous des prétextes creux. Croire que le monde vit mieux en étant pudibond et hypocrite, cette blague.

    En tout cas merci de nous faire partager ces magnifiques images, en plus de nous éclairer sur ta culture. C’est toujours passionnant de te lire. :)

  4. sttourn

    Ma prenière imprèsion a était de dire ” Waou magifique ces photos et comment dire un peut émoustilente ” ensuite j’ai prix la pienne de lire t’on article est la ça a été la grosse claque j’ai émormément appris et ce que j’ai appris matriste le fait que les riquain on imposée leur dictak , le fait que le Japon a / ai en train de perdre son Ame , cela matriste et me chagrime ….. Et comme tu le dit si bien le gouvernement Nippon etait(a lépoque)et es etrain de faire preuve “d’égarement” pour ne pas dire qu’il prend des mesure débile -concerment le nucléaire- et quil va droit dans le mur ….

    Magnifique article

  5. Voilà qui expliquerai bien des choses sur le Japon actuel (notamment le commerce de ce que nous, européens, appelons la pornographie). Finalement, en bridant cette nudité, elle a fini en quelque sorte par “ressortir” ailleurs, sous une autre forme haha

    Un article très intéressant en effet, qui montre à quel point un peuple peut oublier ses propres traditions pour correspondre à un idéal auquel on veut lui faire croire …

    Personnellement, j’aurai tendance à trouver les fêtes comme celle de la fertilité saines, mais c’est vrai qu’on a ce crédo judéo-chrétien en permanence au-dessus de la tête >_<

  6. Aizen

    @Myev : Je suis ravie que tu sois intéressée par le culte Shintô. C’est un culte animiste qui se vit en harmonie avec ce qui existe : les forces de la nature et le chaos. Les coutumes ancestrales japonaises nous rappellent l’humilité que nous devons avoir vis à vis de nos actes, de notre façon d’appréhender le monde. Il faut aussi avoir de la gratitude pour ce que nous avons déjà…mais dans nos sociétés actuelles, les gens sont habituées à tout acheter, à la surconsommation et à la possession dans l’immédiat. C’est tout un équilibre qui se brise et je pense qu’Atsushi Sakai est de ceux qui tentent de rappeler l’essentiel : notre rapport à la vie et à la mort. Notre façon de capter la beauté dans ce qui existe, et notre capacité à fouler le sol avec énergie comme il le fait pour le butoh : il manque cruellement de spiritualité dans notre monde.

    @Sttourn : Oui, je sais que dans cet article, les images à première vue érotique contrastent pas mal avec le texte : je voulais justement aborder la thématique de la sexualité au Japon, car justement la sexualité étant un sujet universel, il était intéressant de comparer les points de vu, les évolutions des mentalités, ce qui a poussé à la transformation des valeurs aussi : c’est en creusant qu’on se rend compte à quel point nous sommes formatés. Que ce qui existait avant n’était pas forcément moins civilisé que ce qui existe aujourd’hui : c’est toute cette notion de “valeurs” qui se retrouve être biaisée en réalité. Merci d’avoir lu ce post avec attention et de t’être intéressé à cette partie de l’histoire du Japon.

    @Ellana : Oui, c’est bien ça. Tu fais bien de soulever la pornographie, qui au fond n’est qu’un moyen qu’ont trouvé les japonais de faire ressurgir l’interdit. Les gens contourneront toujours la censure, les interdictions. C’est comme pour la prohibition aux Etats-Unis concernant l’alcool : les gens continuaient à en consommer en toute illégalité et l’interdiction n’a jamais arrêté personne. Je trouve au final bien plus malsain de pointer du doigt la nudité ou de faire culpabiliser l’acte d’amour : c’est en obligeant les gens à se transformer en ce qu’ils ne sont pas que l’on encourage les déviances (celles évidemment qui ne sont pas d’origine pathologique) dans notre société. La perversion ne s’est pas inventée tout seule : elle existe car le genre humain tente de transcender la morale bien pensante. Qu’est ce que la perversion au juste ? On fait bien de se poser la question.
    En tout cas, si tu allais à cette fête de la fertilité, tu serais au début certainement un peu gênée et après, tu finirais peut-être par simplement faire la fête au milieu de tous ses pénis en érection, au milieu d’autres hommes, femmes et enfants simplement heureux de célébrer la vie. C’est amusant je trouve, que des occidentaux participent à cette fête : ça leur permet de surmonter leur décalage “moral” et de relativiser. Après, pour sûr, si on sort toutes ses statuelles en forme de pénis en dehors de ce contexte de fête religieuse, les gens vont te regarder bizarrement. lol

  7. Punaise !!! TON ARTICLE EST GENIAL !!! Vraiment !

    Aujourd’hui, je faisais des recherches d’image, et j’ai pas pu m’empêcher d’aller zieuter du Noboyushi Araki… Avec le bondage !

    Je suis fascinée par le bondage, cette manière esthétique de mettre en valeur le corps du femme, d’enfermer son corps pour mieux la dévoiler. Oui, je crois qu’il y a ça dans l’érotisme japonais qui me fascine. Et puis ces jeux de noeuds, comme une maille, du macramé, le noeud est aussi esthétique que le corps de la femme.

    Et toutes ces légendes que tu nous racontes, mais pas seulement, l’érotisme à travers l’Histoire de tout un Pays. Comment l’Histoire est liée à notre mode de vie actuel, comment elle a bridé la sexualité, comment aujourd’hui elle peut paraître si peu naturel… Alors qu’elle l’est !

    MErci Merci Merci Beaucoup Aizen pour cet article !

  8. Aizen

    @Souf : Je suis vraiment heureuse de lire ton commentaire. Il est plein de vie, de curiosité et d’enthousiasme. Je ne pensais pas générer autant d’enthousiasme pour le bondage japonais!! Huhu <3
    C’est vrai que les photos d’Araki sont très belles aussi. J’aime beaucoup. En réalité, j’ai mis du temps à apprécier. Quand j’étais adolescente, par exemple, je n’aimais pas. Le monde d’Araki me faisait peur. C’était l’inconnu, je crois, qui me faisait peur. Puis, peu à peu, mon regard s’est porté vers les noeuds, comme tu dis, vers l’esthétisme, à la patience que cela demande pour attacher un corps.

    Il faut être très méthodique pour cela. C’est alors que je me suis rendue compte que c’était un art à part entière. On peut appeler ça du Body Art. Au final, c’est une manifestation du corps: le corps n’est plus comme il est habituellement. Il est sublimé. Le kinbaku est donc autant une performance pour celui qui attache que pour celle qui est attachée. Il faut prendre du plaisir à le faire, pour que cette réalité puisse être belle et vivante.

    Dans cet article, j’avais envie d’expliquer un peu la face cachée du Japon : cette face que l’on ne montre que trop peu. Quand on parle du Japon en occident, on s’attarde souvent à des choses très connues, trop vues mêmes, on ne parle que de choses qui sont maintenant entrées dans les moeurs françaises, américaines, etc…mais dès qu’on sort des sentiers battus, je sens bien que les gens sont parfois mal à l’aise, ne sachant pas trop comment se prononcer.

    Parfois on pense à tort que les traditions japonaises ont toujours été, telles quelles, celles qui existent aujourd’hui. Mais ce n’est pas toujours correct. Dans tous les comportements il y a évolution ou parfois extinction d’une tradition, il y a des explications lorsque l’on remonte aux causes. Pour que le Japon retrouve réellement son âme, il faudra que les japonais puissent remonter la rivière de leur culture, comme le fait un saumon qui revient à ses eaux de naissance, à contre courant et au péril de sa vie. A la fin, il aura donné la vie.

    Bisous.

  9. ” … la face cachée du Japon”.
    Tant de choses à découvrir, lier et comprendre!
    Est-ce que l’on t’a déjà dit que ta curiosité est
    communicative et source de plaisir? Euh???
    D’apprendre!!!!
    Tu es intarissable Aizen ;)
    Merci infiniment de propager la “légende” du beau! :)

  10. Paulo-chon

    Merci pour cette leçon d’Histoire fort instructive!! J’ignorais tous les détails sur l’avant Meiji, ainsi que certains de ceux sur les processus d’amméricanisation du Japon…

    Concernant ta question, il y a deux choses qui me fascine dans cet univers, c’est le rapport au corps qu’ont (ou qu’avaient?) les japonais, avec notamment le fait que suggérer est bien plus érotique que d’exposer, et c’est la question que tu t’es posé lorsque tu as écrit ton article sur le bondage en 2010, à savoir “Dans quelles conditions pouvons nous considérer qu’un acte, s’il est consenti, peut “corrompre la pureté d’une âme”? La beauté peut-elle exister au delà du politiquement correct, jusque dans la mort, la cruauté ou le vice?”
    Pour la deuxième, c’est peut-être un peu hors contexte, puisque ça concerne surtout l’artiste et ceux qui étudie ses oeuvres, mais cette réflexion ne m’est pas étrangère (loin de là…)

  11. c’est tellement différent de notre culture, c’est passionnant, bravo pour cet article, tu m’epates!

  12. On apprend toujours plein de choses ici, c’est ce qui aussi fait ton charme et ta différence. C’est marrant comment tu passes du manga à l’érotisme (oui il y a le hentaï pour ça) enfin plus simplement tu abordes tout, tu parles de tout, et c’est très bien.
    Il y a des choses que je savais et d’autres non, notamment que l’identité japonaise s’était perdue à cause du puritanisme américain (la plus grosse industrie pornographique du monde, soit dit en passant) qui impose son diktat partout. Voilà donc pourquoi le poil pubien reste caché de nos jours dans ce qui a trait à l’érotisme asiatique !
    Personnellement l’érotisme passe par la vue, le fait de voir, de deviner est important mais associé aux autres sens, la raison en perd ses moyens. Il me serait difficile de vivre au Japon et ce serait une gageure que je ne relèverai pas. En effet, les tenues ultra-courtes, les cosplay(s), la sensualité latente qui se dégage naturellement de toute japonaise me ferait perdre mon self-contrôle.
    J’ai eu l’occasion de regarder sur internet des films de bondage et je dois reconnaître que c’est très attirant voire excitant.
    C’est un bel article comme souvent chez toi, à la suite duquel je me posais une question, parce qu’autant qu’il m’en souvienne tu avais eu quelques difficultés à poser en petite tenue pour ton ami illustrateur, je me demandais si toi aussi tu avais perdu ce côté naturel et étais tombé dans ce sacro-saint puritanisme judéo-chrétien. Je n’attends pas de réponse à cette interrogation, parce qu’elle relève de ta vie privée et que cela ne me regarde pas, mais je n’ai pu m’empêcher de relever. A bientôt :D

  13. Aizen

    @Jean Charles : Merci pour ton commentaire. Il soulève des questions intéressantes. Mais attention toutefois : je n’ai pas dit que les japonais avaient perdu leur âme QUE par la faute des étrangers ou des américains. Si les japonais n’ont pas su dire NON, c’est d’abord de leur faute. Les torts sont donc partagés. Sinon c’est comme de dire que ce sont les américains qui ont encouragé à installer des centrales nucléaires au Japon et que donc on dédouane la responsabilité nationale des japonais : non! Ils sont responsables d’avoir accepté l’idée et d’avoir agi en conséquence. Pour revenir à la sexualité des japonais, et puisque tu soulèves l’industrie pornographique (dont je n’ai pas parlé car pas eu le temps de développer dans mon article), il y a justement eu évolution vers une personnalisation du porno japonais. Celui ci est aussi bien spécifique et n’a rien a voir avec ce que l’on peut trouver en occident.

    Au final, la “nature” et la “culture” d’un peuple revient au galop et on ne peut le faire disparaître totalement. Pour ma part, je n’ai pas grandi avec la culture judéo-chrétienne, donc je suppose que ma pudeur doit venir d’ailleurs. Mais le fait même de poser pour mon ami Thomas B en tenue de pinup a été une expérience enrichissante. On apprend au final à se dénuder un peu l’âme : c’est à dire que le plus grand effort n’est pas de se déshabiller, mais d’enlever les barrières intérieures que l’on s’est imposé. C’est une sorte de carapace, qui n’a rien à voir avec la morale occidentale. Se “mettre à nu” au fond, ce n’est pas physique. C’est mental. Les japonais ont cette pudeur, puisqu’ils cachent leur émotions derrière un masque impassible.

  14. Un citation tirée du livre “Les pissenlits” de Kawabata Yasunari, a méditer.
    “Il est aisé d’entrer dans le monde du Bouddha, malaisé d’entrer dans le monde des démons.”

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